12/02/2007

Ingrid Betancourt

 

 

Quid d’ Ingrid Betancourt ? ..Non mais . ; quelle idée aussi de dénoncer la corruption à l’échelle d’un pays comme la Colombie.. maintenant , il faut sans doute la garder encore un long moment au frais afin de diluer l’affaire ..

 

Membre du Parti libéral, élu président de la République le 27 mai 1990, M. Gaviria joue la carte du néolibéralisme, de l'ouverture commerciale et de la globalisation. La Colombie possède alors cinq ports maritimes nationalisés - Cartagena, Barranquilla, Santa Marta (sur la côte caraïbe), Buenaventura et Tumaco (côté Pacifique) -, tous gérés par un organisme unique, Colpuertos . Très habilement, le président suscite une campagne de presse  : la situation des ports est chaotique, il convient de les privatiser. Ce qui est fait, après la signature de la loi no 1 de 1991 (ley primera de 1991).

Dans la grande tradition des braderies étatiques, les actifs, les machines disparaissent, il n'est procédé à aucun inventaire des installations. Nul appel d'offres n'est effectué. L'adjudication est laissée à la discrétion d'un fonctionnaire - le superintendente portuario - qui offre le contrat à qui lui plaît. L'article 12 de la loi le lui permet  : « Dans les cinq mois suivant la date de la demande [de concession], le superintendant général des ports publiera une décision dans laquelle seront indiqués les termes dans lesquels la concession sera accordée. »

Rien de plus. Et c'est pur hasard si, derrière les prête-noms qui se ruent sur cette juteuse affaire, on retrouve tout le gratin des deux grands partis (libéral et conservateur), des responsables politiques, tels MM. Vidas Lacouture ou Davila, les familles puissantes de la côte - comme celle de M. Francisco Villas Cos -, les amis du pouvoir, les obligés du président. Pour une bouchée de pain, les installations sont attribuées à des sociétés surgies du néant, à des particuliers dépourvus de toute expérience dans ce type d'activité. Il est vrai que, prévoyante, la loi (article 30) avait envisagé l'hypothèse  : « Les sociétés portuaires peuvent engager des sous-traitants (...). » Tous ces heureux incompétents vont donc pouvoir devenir multimillionnaires du jour au lendemain. Facturant leurs prestations en dollars, les ports sont une excellente affaire.

Jusque-là, rien que d'habituel dans le grand Monopoly de l'économie dite de marché. « Mais, dénonce huit années plus tard, à Bogotá, la sénatrice Ingrid Betancourt, l'affaire ne s'arrête pas là. Car cette privatisation n'a été en fait qu'une opération de diversion pour pouvoir monter le plus grand hold-up de l'histoire de la Colombie. »

….

Reste à estimer l'ampleur du crime, tâche particulièrement ardue. Foncolpuertos s'est bien gardé d'établir des archives fiables permettant de déterminer la valeur des condamnations prononcées et des sommes restant à payer  ; aucun service ou ministère n'a jamais tenu le moindre document comptable sur les sommes versées. « Le budget national a déjà déboursé plus de 3 milliards de francs, dont sans doute 40 % de manière frauduleuse, estime M. Ossa. Mais le problème ne s'arrête pas là... » D'après le groupe interne de travail du ministère du travail, il existait encore, en juin 1999, 18 232 procès en cours, et la valeur de mille conciliations (présumées fausses) de décembre 1993 à régler. Une somme estimée par M. Ossa « entre 7,5 milliards et 9 milliards de francs ». Au total, hypothèse basse, entre 10,5 et 12 milliards de francs . Pour Mme Betancourt, le préjudice pourrait atteindre 18 milliards de francs. « Dans un pays qui compte 25 % de chômeurs et où 40 % de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, c'est l'équivalent de deux fois le budget social, éducation, santé et logement, prévu pour l'an 2000. C'est monstrueux  ! »

Monstrueux, mais, pour l'heure, sans grande conséquence. Une quarantaine de travailleurs, avocats, juges, comparses, ont été arrêtés. De petit procès en petit procès, on dilue l'affaire à laquelle les médias, liés aux grands groupes économiques, et donc à l'establishment politique, s'intéressent assez peu . Le Conseil national de la magistrature (Judicatura) a exprimé la nécessité de revoir près de 18 000 des jugements qui ont été prononcés. « Mais la justice est tellement impliquée qu'elle peut difficilement mettre en cause sénateurs, députés, ministres et présidents... »

Quant aux organismes de contrôle, ils demeurent entre les mains de personnages proches de l'ex-président Samper. M. Alfonso Gomez Mendez, fiscal (procureur) de la nation, qui doit actuellement mener l'enquête, a été l'avocat des ministres accusés, lors du « procès 8 000 », d'avoir reçu de l'argent de la mafia. Le procurador  Jaime Bernal était, juste avant de prendre possession de sa charge, l'avocat personnel de M. Hernando Rodríguez, premier directeur de Foncolpuertos et maître d'oeuvre d'une mise à sac qui lui aurait rapporté 60 millions de francs...

Un procès a bien été ouvert, d'ailleurs, contre M. Rodríguez, mais celui-ci est sorti de Colombie il y a deux ans pour acheter des cigarettes et on ne l'a jamais revu depuis... Une saisie a été effectuée sur l'entreprise de construction Hermac Ltda, qu'il possède en compagnie de son épouse Marta Catalina Daniels (Hermac  : Hernando y Marta Catalina). Celle-ci n'en siège pas moins toujours au Congrès. Pendant ce temps et plébiscité par ses pairs - en particulier le gouvernement des Etats-Unis -, l'ex-président Gaviria vient de voir renouveler ses fonctions de secrétaire général de l'Organisation des Etats américains (OEA). Confronté à une terrible crise économique, l'actuel gouvernement colombien a dû solliciter l'aide du Fonds monétaire interna tional (FMI),

Tout comme il n'avait jamais eu vent des détournements de fonds qui ont saigné la Russie , le FMI n'a jamais entendu parler de Foncolpuertos. Le 20 décembre 1999, il a accordé 16,2 milliards de francs à Bogotá (à peu près l'équivalent de ce qui s'est perdu dans les poches de la classe politique). Avec, comme condition, un sérieux tour de vis  : coupes dans le budget de l'Etat, réformes - fiscale, de la sécurité sociale et des retraites du secteur public -, flexibilisation du marché du travail, et - mais faut-il le préciser  ? - relance des... privatisations.

Au début du mois de janvier, le salaire minimum -900 francs - a été augmenté de 9%. Les parlementaires et hauts responsables de la bureaucratie de l'Etat - dont les salaires s'étagent de 12000 à 36000 francs - ont pour leur part bénéficié d'une augmentation de 15%.

Maurice Lemoine

Extrait du Monde diplo..  02/ 2000 !!! ( ça commence à dater non ? ) ….

07:58 Écrit par Alain dans coups de gueule | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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