17/04/2007

L'esprit ou le fusil ( 2 )

suite

Ainsi il n'y avait pas de conflit mais plutôt une affinité culturelle et religieuse entre les leaders des civilisations chrétienne et musulmane. L'affinité de valeurs, cependant, n'était pas suffisante pour établir une alliance. Pourquoi les dirigeants des civilisations chrétiennes iraient-ils soutenir des fondamentalistes islamiques orientés vers l'usage de la violence pour atteindre leurs objectifs ? La question posée par Huntington et Beck devrait être, non tant ce qui divise mais ce qui unit les deux civilisations. La réponse est claire : Ce qui a uni les deux civilisations étaient des intérêts de classe. Ces intérêts déterminent leurs objectifs, leurs alliances, et leurs ennemis. C'est la réalité derrière le slogan erroné d' « un conflit de civilisations ». L'alliance était forgée sur la base non seulement d'une communauté de valeurs religieuses mais aussi -et surtout- d'une communauté d'intérêts de classe.
L'alliance fut établie pour vaincre et éliminer les mouvements progressistes dirigés par des socialistes, des communistes, ou des nationalistes arabes qui réussissaient à mobiliser les masses musulmanes (classe ouvrière, paysannerie et des secteurs des classes moyennes) contre les classes dominantes des pays musulmans qui jouissaient de l'aide des gouvernements des civilisations chrétiennes. L'alliance entre les élites gouvernantes de civilisations chrétienne et musulmane était basée sur les menaces à leurs intérêts économiques communs (en premier lieu, mais non exclusivement le pétrole) par les forces progressistes ascendantes. Étant donné l'extrême pauvreté de la grande majorité du peuple au milieu d'une énorme richesse dans beaucoup de pays musulmans, une éruption était inévitable. Dans leur propre intérêt, les classes dominantes des civilisations chrétienne et musulmane avaient besoin de canaliser les frustrations des masses du peuple en les éloignant des mouvements progressistes. Le grand défi pour les classes dominantes était d'éliminer la menace d'une mobilisation de classe contre elles, et la méthode disponible était de démobiliser les impulsions politiques et de les remplacer par une mobilisation multi-classe basée sur la ferveur religieuse.
Un fondamentalisme multi-classe religieux pouvait canaliser l'énergie d'une mobilisation de masses, non contre les classes dominantes, mais en appui à une identité religieuse – une communauté d'intérêts et d'identité entre classes dominées et dominantes. Cette stratégie n'est pas nouvelle. En Europe du Sud, les propriétaires terriens et l'oligarchie dominante établirent le Parti Démocrate-chrétien comme réaction face aux partis de paysans et de travailleurs qui menaçaient leurs intérêts. La lutte de classes fut remplacée par la cohésion sociale, avec le christianisme comme le ciment multi-caséiste qui maintiendrait les classes unies, sous, bien sûr, la domination et l'hégémonie des classes dominantes. L'intention de ce projet, basé sur un fondamentalisme religieux, était de canaliser l'énergie et la frustration des classes populaires vers un agent externe : promouvoir une défense de la religion menacée par les forces progressistes non-chrétiennes. La même dynamique opéra dans les pays musulmans, où les classes dominantes promurent le fondamentalisme islamique parmi les majorités dépossédées.     à suivre

10:03 Écrit par Alain dans avis - opinions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : guerre, islam |  Facebook |

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